Un petit dragon caché dans les mares de la réserve ?

Avec son réseau de près de 300 mares d’eau saumâtre à douce, la réserve naturelle est un site important pour l’accueil des amphibiens. L’un d’entre eux, le Triton crêté, fait en ce moment l’objet d’un suivi particulier.
Un petit dragon caché dans les mares de la réserve ?

Les amphibiens regroupent les crapauds, grenouilles, rainette, salamandre et tritons. A la différence des crapauds et autres grenouilles, la salamandre tachetée et les tritons ont un corps fin et allongé et disposent d’une queue ; ils font ainsi partie de l’ordre des Urodèles. Les amphibiens partagent leur vie entre l’eau, dans la laquelle ils se reproduisent et les milieux terrestres, au sein desquels ils se réfugient durant l’hiver. Ces animaux sont protégés en France.

Globalement menacés par le développement des zones urbaines et industrielles au détriment des espaces naturels et par la modification des pratiques agricoles (abandon des mares, retournement de prairies, arasement des haies, usages de pesticides), les amphibiens sont aussi vulnérables face au changement climatique ; c’est pourquoi ces espèces sont suivies sur le territoire de la réserve naturelle, pour évaluer l’état de santé de leurs populations. 14 espèces y ont été récemment inventoriées. Certaines sont plus exigeantes et plus rares, comme le Triton crêté (Triturus cristatus) (Barrioz M et al, 2015).

 

Portrait du Triton crêté

Il se reconnaît à sa face ventrale jaune-orange vif tachetée de noir. Chaque individu présente une trame de taches spécifique, qui, tout comme nos empreintes digitales, peut permettre de l’identifier. En période de reproduction, les mâles arborent deux autres signes distinctifs : une crête dorsale dentelée et une bande nacrée sur les parties latérales de la queue (Barrioz M et al, 2015). Les tritons adultes mesurent généralement entre 12 et 15 cm, les femelles étant plus grandes que les mâles.

C’est une espèce ayant un statut de conservation élevé. Il est inscrit aux annexes II et IV de la Directive « Habitats » ainsi qu’à l’annexe II de la convention de Berne. Il est cité dans la liste rouge des espèces menacées dans le monde sous le statut « préoccupation mineure » ainsi que sur la liste rouge des espèces menacées de France sous le statut de « quasi menacé » ; en Normandie son statut est « Vulnérable » et l’espèce y est assez rare.

Il est en effet assez exigeant. Il se reproduit dans des sites aquatiques d’assez grande taille (> 20 m²), et/ou profonds (>50cm), bien ensoleillés, et dépourvus de poissons. L’eau doit être douce, de bonne qualité et de pH neutre ou basique.

Pendant cette période, les tritons restent dans l’eau en permanence et ne remontent à la surface que pour y respirer. Ils restent la plupart du temps tapis dans le fond, à l’abri de la végétation ou des feuilles mortes, pour se protéger des prédateurs.

En hiver le Triton crêté retrouve la terre ferme et se réfugie non loin sous un tas de bois mort, sous des pierres, au pied des racines d’un arbre ou encore dans un terrier d’un petit mammifère. Il est ainsi caractéristique des paysages de bocage ou de marais arrière littoraux, connectés avec les vallées, comme c’est un peu le cas dans la réserve naturelle (Barrioz M et al, 2015).

En effet, ce dernier n’a été détecté que sur quelques mares localisées dans un secteur restreint, à l’Est de la réserve, dans les marais hors d’influence des eaux saumâtres estuariennes.

 

Un suivi spécifique démarré en 2026

La Maison de l’Estuaire a entamé cette année un suivi spécifique du Triton crêté, afin mieux connaître l’état de la population, sa capacité de reproduction, de comparer les données collectées avec les résultats d’autres suivis et de mieux comprendre comment l’espèce exploite les mares de la réserve et s’y déplace. Ces connaissances nous permettront si besoin de mettre en œuvre des actions visant à améliorer la qualité de son aire de vie.

Le suivi est réalisé avec l’autorisation de l’Etat et avec de multiples précautions pour ne pas causer de dommage aux animaux et à leur population. L’objectif est de dénombrer les individus, d’évaluer le rapport entre mâles et femelles et de vérifier s’ils se reproduisent.

Le suivi est ainsi réalisé pendant la phase aquatique de l’espèce, qui démarre dès la fin du mois de février. Il se pratique de nuit, période durant laquelle les animaux sont actifs.

Pour l’instant la présence du triton crêté est confirmée en grand nombre dans certaines mares situées dans le nord du marais du Hode.

Scientifique