La migration du Phragmite aquatique sous haute surveillance

La station de baguage du « Camp du Hode » a ouvert le 2 août dernier, comme chaque été depuis 1983. Son objectif, suivre la migration des passereaux vivant dans les roselières et en particulier le Phragmite aquatique, mondialement menacé.
La migration du Phragmite aquatique sous haute surveillance

Au cours du mois d’août, plusieurs bagueurs professionnels et amateurs en formation se relaient au quotidien dans les roselières de la Réserve naturelle de l’estuaire de la Seine, pour surveiller la migration des passereaux paludicoles. La plupart d’entre eux migrent sur de très longues distances, parfois jusqu’en Afrique et sont interceptés par les ornithologues à l’occasion de leurs haltes.

En France, ces différents programmes de baguage sont pilotés à l’échelle nationale par le Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO), un service du Muséum national d’Histoire naturelle. L’un de ces programmes, intitulé ACROLA, est dédié au suivi de la migration du Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola), une espèce mondialement menacée. Elle fait d’ailleurs l’objet depuis 2025 d’un plan international de sauvegarde dénommé LIFE AWOM, auquel la Maison de l’Estuaire participe aux côtés de plusieurs partenaires français (la Tour du Valat, Bretagne Vivante, le Groupe Ornithologique Normand et l’association Acrola).

 

Le Camp du Hode - une station de baguage pour le suivi de la migration post-nuptiale des passereaux paludicoles

La station du Camp du Hode regroupe deux sites de baguage nichés au cœur des roselières de la Réserve naturelle de l’estuaire de Seine et distants d’un peu moins d’un kilomètre :

-          Le Percepteur : installé à proximité de la Seine, au sein d’un mix de roselières fauchées et d’autres plus âgées et de mares ; le site est souvent inondé par les marées de fort coefficient

-          Le Banc Herbeux : installé au sein d’une mosaïque de roseaux et d’herbus entretenus par pâturage par des chevaux de Camargue ; ce dernier est aussi recouvert par les marées de vives-eaux.

Pour fonctionner quotidiennement durant un mois complet, le Camp du Hode mobilise chaque année de nombreux bénévoles passionnés, encadrés par notre collègue responsable bagueur Yannick Jacob. Ils forment un groupe hétéroclite, qui se compose aussi bien de personnes très aguerries à la pratique du baguage, que de jeunes en quête d’apprentissage et d’expérience. Nous sommes aussi très heureux de pouvoir compter chaque été sur l’aide et la bonne humeur communicative d’une douzaine de bénévoles originaires d’Angleterre et principalement des villes de Sheffield et de Birmingham.

 

Un été 2026 difficile !

Comme c’est le cas pour de nombreux sites en France et en Europe, nous avons été confrontés à des conditions météo exceptionnelles avec de très fortes chaleurs, combinées à une sécheresse alarmante. Cela a malheureusement eu pour conséquence directe une chute de l’abondance des invertébrés et notamment des insectes, dont se nourrissent les passereaux migrateurs pour reconstituer leurs réserves d’énergie.

C’est pourquoi le nombre total d’oiseaux interceptés est inférieur aux années précédentes, tout comme le nombre de phragmite aquatique (50 en 2023 ; 32 en 2024 ; 22 en 2025). Pour l’instant nous avons pu capturer 18 individus (décompte effectué à la date du 19/08), ce qui confirme l’importance des roselières de l’estuaire de la Seine en tant que halte migratoire pour cette espèce emblématique.

 

Les dernières infos

12/08/2026 : nous avons contrôlé (interception d’un oiseau déjà bagué) un phragmite aquatique équipé de bagues colorées et d’une bague métallique. Notre collègue responsable du Camp du Hode a contacté le bagueur à l’origine de cette opération, Vytautas Eigirdas, travaillant en Lituanie. Cet oiseau a été bagué au nid le 17 juin dernier, au sein de la zone humide dénomée « Alkos Polderis », son lieu de naissance. C’est un espace protégé situé dans le district de Siluté, à quelques encablures du littoral de la Mer du Nord, connu par les spécialistes pour son rôle dans la conservation du Phragmite aquatique. Deux mois séparent les deux photos !

Toutes les informations collectées lors de ce contrôle seront transmises au CRBPO, qui les communiquera aux équipes de la station de baguage d’Alkos polderis, comme c’est le cas pour chaque contrôle effectué.

14/08/2026 : deux jours plus tard, la capture d’un phragmite aquatique âgé d’un an, a permis à notre collègue Yannick Jacob de déployer un autre volet du programme de surveillance de l’espèce. Il a en effet installé sur l’oiseau un dispositif miniature de balisage, fixé par le biais d’un petit harnais, avec l’aide de Emma Hughes, une bagueuse membre de l’organisation British Trust for Ornithology.

Le lundi 17/08, Jean-Marc Savigny, coordinateur de ce programme de surveillance au Groupe Ornithologique Normand, nous a informé que l’oiseau a été détecté en vol au-dessus de Caen à 00:26 dans la nuit du 14 au 15/08. Cet individu a donc bien repris la route vers ses quartiers d'hiver.

 

En attendant de pouvoir vous informer du bilan global de cette nouvelle session 2026, il est possible de suivre l’activité quotidienne des deux stations de baguage du Camp du Hode en consultant le site TREKTELLEN. Il vous suffit de sélectionner les données associées aux captures en France, puis de rechercher les stations de la Réserve naturelle nationale de l’estuaire de la Seine : le Percepteur et le Banc Herbeux. Un bilan de chaque séquence est publié chaque jour.

 

Scientifique